Le Parlement valaisan adapte la Loi sur la HEP-VS

St-Maurice-Brig  (pac) – novembre 2017 : Pour une institution, la modification des bases légales est toujours un événement plus que marquant, car les éléments inscrits ont une longue durée de vie. Il y a plus de 20 ans, au milieu des années 1990, le Parlement fixait les bases légales de la Haute école pédagogique du Valais. Une génération et un siècle plus tard, le Conseil d’Etat du canton du Valais soumet à mi-novembre au Parlement une adaptation de ces dernières. Il le fait dans le cadre de la procédure nationale d’accréditation institutionnelle de toutes les hautes écoles de Suisse.  L’enjeu est central pour un canton non porteur d’une haute école universitaire, canton qui revendique sa volonté de bien garder la maîtrise du domaine de la formation, dont le berceau et le creuset se situent justement à la HEP-VS.

loi hepEn 1996 le Parlement décida d’insérer le Valais dans le grand mouvement de tertiarisation de la formation des enseignants primaires qui les vit ne plus être formés dans la tranche d’âge des 15-20 ans à l’école normale, mais dans celle des 20-23 après une formation générale de niveau de gymnase et avec l’obtention d’un bachelor. Cette prise de profondeur, de recul et d’étoffe par rapport à un métier rendu toujours plus complexe, tant au niveau juridique, technique qu’humain, s’est imposée dans toute l’Europe. Après quelques années durant lesquelles la HEP-VS n’a formé que des enseignants dans le domaine du primaire, elle s’est lancée dès 2005 dans la formation des enseignants du secondaire et de l’enseignement spécialisé, formation postérieure à un bachelor ou un master académique, qui étaient jusqu’alors toujours confiées à des instituts hors du canton. Depuis, la HEP-VS le fait avec un grand succès avec un système original de formation à temps partiel et fortement en système hybride d’enseignement à distance, puisque depuis plusieurs années, faute de place, elle doit régulièrement refuser du monde, particulièrement dans le cadre des formations du secondaire.

2015, la Confédération entre dans le jeu
La formation est un apanage cantonal et la HEP-VS s’en réjouit, car cela permet entre autres de donner une coloration aux pratiques scolaires. La nouvelle Loi fédérale sur la coordination des hautes écoles (LEHE) met un nouvel étage de coordination entre les cantons et la Confédération. Il n’est en rien question de pousser encore plus loin la méga-réorganisation des années 2000 avec le passage de quelque 150 écoles normales à une quinzaine de HEP sur tout le territoire suisse. Par contre, avec la définition claire des trois types distincts de haute école, à savoir haute école universitaire, haute école spécialisée et haute école pédagogique, la Confédération et les cantons sont entrés dans un jeu qui veut pousser encore plus haut le niveau et l’indépendance des hautes écoles, avec un accent central sur les systèmes qualité. Cette procédure à réaliser jusqu’à 2022 passe par une accréditation décernée par une agence spécialisée qui décidera tout simplement de l’existence ou pas de la haute école comme telle. En temps utile, une commission d’experts qui auront par exemple visité quelques jours plus tôt l’EPFL à Lausanne, pourra se retrouver à St-Maurice et à Brig. 

L’intérêt commun des autorités cantonales, des étudiants et des collaboratrices et collaborateurs de l’institution est donc la réussite de cet « examen » de passage. Pour obtenir le ticket d’entrée à la procédure d’accréditation, les lois respectives doivent mentionner expressis verbis la personnalité juridique de l’institution. C’est un élément indispensable et déclencheur de l’accréditation. Les modifications légales soumises cet automne au Parlement valaisan l’introduisent. En 2012, la HES SO a passé par le même chemin et en 2015 le Parlement fribourgeois a adopté à l’unanimité une loi très similaire pour la HEP-FR. Le Valais commence plus tard. Il convient d’y aller au plus vite, si l’on sait que la procédure dure au moins deux ans sans compter les délais d’inscription.

La seule haute école uniquement valaisanne du canton
Les autres hautes écoles sises partiellement en Valais participent à cette accréditation en étant liées ou intégrées à d’autres. La HEP-VS est la seule haute école totalement valaisanne. Son originalité bilingue la positionne sur deux sites avec  l’ensemble des  caractéristiques d’une haute école, de la recherche aux prestations de services. Ce sont par exemple plus de 5000 personnes qui chaque année sont accueillies à la HEP-VS en formation continue. A partir de l’acceptation souhaitée de la loi durant ce mois de novembre, la HEP-VS doit rentrer dans plusieurs années de travail intense pour correspondre aux critères de l’accréditation, qui s’ils ne concernent pas directement le contenu pédagogique, vérifient toute une série d’éléments de base comme la pérennité du soutien financier du canton, la participation des corps constitués ou l’engagement social et écologique de l’école. Tout en gardant la structure ancienne de la loi pour permettre aux parlementaires de bien voir d’où on vient et où on va, le travail législatif a également consisté à une évidente mise à jour du tout. Des éléments nouveaux tels que le corps intermédiaire, essentiel dans une haute école, ont ainsi été fortement renforcés et définis. La structure de gouvernance est restée simple et économique, avec un lien direct passant par le mandat de prestations entre les autorités et la HEP-VS par le biais de sa direction. De plus, en matière de prestations de service, une série d’éléments réalisés par des organes de l’Etat non soumis à l’accréditation devront être rapatriés à la HEP-VS pour augmenter son assise en la matière. En l’état, le fer de lance de cette prestation de service est l’animation pédagogique.

Une efficace proximité avec le pouvoir politique et les partenaires scolaires
Un des avantages de disposer dans le canton d’une haute école est de permettre au monde politique d’orienter les lignes générales de l’institution. On peut ainsi citer actuellement le débat sur des velléités de rallongement de la formation des enseignants du primaire. La HEP-VS s’oppose depuis longtemps à cette option et elle est en parfaite harmonie avec la stratégie du Département. Le modèle actuel a déjà il y a quinze ans largement rallongé la formation. Il a fait ses preuves avec une formation de bachelor. C’est par contre dans un accompagnement de type « long life learning », c’est-à-dire dans la formation continue que le savoir et les compétences doivent et peuvent être constamment améliorées. 

Un bon équilibre entre la mission de haute surveillance et de surveillance de l’Etat et du Département et la liberté d’action de la HEP-VS a donc été trouvé, et ce par le biais particulièrement de commissions d’accompagnement, tant stratégiques que pédagogiques, au sein desquelles tous les partenaires sont bien représentés. Tant le Chef du service de l’enseignement que le chef du Département et par lui le Conseil d’Etat ainsi que la Direction de la HEP-VS, soutiennent ce projet équilibré qui permet à la HEP-VS, après bientôt 20 ans d’existence, de passer définitivement au niveau supérieur requis, en revendiquant toutefois ses spécificités cantonales.

Photo : La Commission de l’éducation, de la formation, de la culture et des sports (EFCS) du Parlement avec le président Martin Loetscher, la vice-présidente Patricia Constantin (au centre de la photo) et le rapporteur Bruno Perroud a traité cet objet.