Le poème, rédigé par Alberto Nessi, est sa première œuvre spécifiquement dédiée aux enfants et influencée par ses propres petits-enfants. Poète tessinois, il a reçu le Grand Prix suisse de littérature 2016 couronnant cinquante ans d’écriture de poésie, prose et théâtre.
Les deux parties qui constituent le poème, une petite botanique et un bestiaire, sont autant familières que singulières, rythmées par une langue très sonore et des vers courts, proches des comptines et des historiettes italiennes (filastrocche). Il est issu de son recueil paru en italien chez Casagrande, Rime facili per grandi e piccini (2018), illustré par Albertine.
Sa traduction en français a été réalisée en étroite collaboration avec Francine Fallenbacher-Clavien, enseignante et chercheuse à la HEP-VS & poétesse valaisanne.
Formica
Nella notte nera di vento
s’avventura une formica
non la vedo ma la sento
come fosse une mia amica
Fourmi
Dans la nuit noire de vent
une fourmi va à l’aventure
je ne la vois, mais je la sens
comme si c’était mon amie
Un savoir-faire avec des différences
La traduction du poème a été réalisée de l’italien vers le français. Bien que l’italien ait été appris par Francine dans un cadre scolaire et ne soit pas pratiqué régulièrement, le travail s’appuie sur une bonne connaissance du français acquise dans un contexte universitaire par Alberto. Ce projet repose donc sur une collaboration étroite. Pour chaque poème, plusieurs propositions de traduction ont été élaborées, puis sélectionnées ou retravaillées pour aboutir à une version finale. Les échanges montrent que la traduction ne se limite pas à un simple passage d’une langue à une autre : elle peut aussi prolonger le travail d’écriture dans une nouvelle langue.
Cette approche ouvre la voie à une plus grande liberté dans le processus de traduction. Le partage des langues et des expériences d’écriture permet d’envisager la traduction comme une exploration commune d’un même territoire poétique. Ainsi, elle apparaît moins comme une finalité que comme une démarche d’exploration, un véritable « savoir-faire avec les différences ».
Traduire-trahir
Traduire n’est pas nécessairement trahir. Ce que l’on perd dans le poème premier, peut être compensé dans le poème traduit. Par exemple, les rimes de fin, riches et récurrentes, impossibles à conserver intégralement en français, ont cédé le pas à de nouvelles rimes et sonorités, à l’intérieur des vers, pour en conserver la musicalité.
À l’heure où les projets éditoriaux portent principalement sur des anthologies et sur la diversité culturelle, pour un « vivre ensemble », ce recueil fait percevoir le ton d’un auteur important dont on reconnaît les caractéristiques poétiques – dépouillement, acuité, musicalité. C’est aussi le vœu des spécialistes de l’enseignement de la poésie de faire lire déjà aux jeunes élèves, des œuvres poétiques en intégralité (d’un auteur) et pas seulement des poèmes choisis propres aux anthologies.
Les co-auteurs de cette traduction sont en route pour la recherche d’un éditeur, alors croisons les doigts pour eux !