Actualités 2017

La HEP-VS au front

Zürich (pac) juillet 2017 : Les écoles suisses de l’étranger sont une vitrine du pays. Si la France en a plus de 400 dans le monde, la Suisse est beaucoup plus modeste avec sa quinzaine d’établissements. Un seul parmi eux offre une formation en français, à Bogota plus précisément. Avec Berne, le Valais est canton « parrain » de cette école. Son président le Valaisan Philippe Crettex a récemment rencontré Patrice Clivaz, directeur de la HEP-VS, qui assure le lien de parrainage.

bogotaChaque année les écoles suisses de l’étranger se retrouvent au pays pour un congrès. Ce dernier s’est tenu mi-juillet à Zürich avec en filigrane la présentation de l’impressionnante offre pédagogique de ce canton dont l’université tourne par exemple avec un budget de 1, 3 milliards de francs, soit quasiment  100 x le budget de la HEP-VS qui milite dans la même ligue de haute école. Certains cantons appuient de manière très concrète et financière les écoles de l’étranger. D’autres agissent de manière beaucoup plus modeste. C’est le cas du Valais qui est présent par un appui historique assuré par la HEP-VS sur le plan de formations continues données par la HEP-VS et par l’envoi de stagiaires.

Entremontant de Colombie
Cadre dans l’industrie chimique, le Valaisan Philippe Crettex a fait carrière à Bogota. Il préside l’école suisse qui a, à l’instar de la HEP-VS, comme particularité très rare d’assurer un enseignement tant en français qu’en allemand. Les discussions menées avec la HEP-VS ont démontré une volonté commune de développer le parrainage. La HEP-VS  ne disposant que d’une très petite marge de manœuvre pour ces actions internationales, le sujet sera porté au plus vite sur la table du Département.

Photo : de g. à d. Philippe Crettex, président de l’école suisse de Bogota, Patrice Clivaz, directeur de la HEP-VS et Cédric Schupisser, recteur de l’école suisse de Bogota.

Valais et Vaud main dans la main

Lausanne (pac) juin 2017 : Dans le cadre des nouveaux projets suisses de didactique disciplinaire, les HEP du Valais et de Vaud se sont profilées sur le terrain des "apprentissages fondamentaux". Un premier colloque  porté par le GIRAF, pour "groupe d’intervention et de recherche dans les apprentissages fondamentaux" au sein duquel Anne Clerc et Isabelle Truffer ont joué un rôle moteur s’est tenu récemment à Lausanne.

apprentissagesHarmos a changé la donne avec les premiers degrés de la scolarité, conduisant souvent les enseignantes et enseignants à adopter des formes de travail issues du primaire et peu adaptées aux apprentissages fondamentaux, considérés comme les apprentissages fondateurs de la réussite scolaire. Le thème de la disparition des moments de jeu libre, activité maîtresse du développement de l’enfant entre 3 et 7 ans, est souvent évoqué. Anne Clerc Georgy de la HEP-VD et Isabelle Truffer Moreau de la HEP-VS ont ainsi ouvert le débat devant un très bel auditoire, également conquis par des présentations portées par une chercheuse canadienne qui insista sur le fait que plus de 30'000 mots connus séparent dans la jeune tranche d’âge un enfant issu de milieu favorisé de son collègue issu d’un milieu défavorisé. Philippe Gay et Sylvie Richard de la HEP-VS développèrent quant à eux le thème « Quelles pratiques d’enseignement pour développer les compétences émotionnelles au cycle 1 ».

Photo : de g. à d. Anne Clerc, Lirja Amani, Isabelle Truffer, Sylvie Richard et Philippe Gay

La langue de l’enseignement – Trouver les bonnes réponses qui conduisent au succès

Brigue (pac) juin 2017 : Le succès dans la formation est souvent lié aux capacités des enseignants de trouver des réponses orales et écrites suffisamment motivantes pour faire avancer les élèves. Ce thème fut au cœur du symposium qui a réuni les 29 et 30 juin 2017 à Brigue les didacticiennes et didacticiens d’allemand des HEP de Suisse alémanique.

thumb DeutschdidaktikerLe symposium fut organisé par Efrem Kuonen, didacticien d’allemand à la HEP-VS et membre du forum national pour la didactique de l’allemand. 67 spécialistes issus de toutes les HEP de Suisse alémanique et de l’Allemagne voisine ont échangé autour de présentations de haut niveau. 

- Dans quelle mesure les compétences linguistiques de l’enseignant sont-elles importantes pour le succès scolaire?
- Quelles attentes linguistiques et quel niveau de pratique sont attendus dans l’enseignement d’une branche et d’une langue?
- Comment prendre en compte les attentes linguistiques et comment agir pour qu’elles soient prises en compte par les enseignants et les élèves?
- Quelles sont les savoirs didactiques qui sont à transmettre aux enseignants, non seulement aux enseignants d’allemand mais également dans d’autres branches?
En guise d’introduction au colloque Patrice Clivaz, directeur de la HEP-VS, rappela la coïncidence de la tenue quelques jours plus tôt à Brigue de la Fête fédérale de Joddel. En effet, l’allemand joue un rôle déterminant dans cet art choral. Le retrait des Anglais de l’Union européenne permet à la langue allemande de jouer, à côté du français, un rôle toujours plus important. Dans ce contexte, la HEP-VS essaie dans le cadre du canton bilingue qu’est le Valais d’améliorer constamment la position et la promotion de la langue allemande dans le canton.

Photo : de g. à d. Efrem Kuonen, Stefan Hauser, Afra Sturm, Verena Pisall, Simone Fässler und Patrice Clivaz.

Avoir le costume adéquat

Sion (pac) mai 2017 : Les professeurs de la HEP-VS appartiennent à l’association valaisanne des enseignants du tertiaire qui a tenu récemment son assemblée générale. Au terme de cette dernière, un débat rassemblant les directions des hautes écoles valaisannes a démontré qu’il était important pour le Valais de trouver un chemin « valaisan » du tertiaire, c’est-à-dire sans vouloir importer dans notre canton la copie de ce qui se fait dans de grandes cités universitaires telles que Genève ou Zürich.

IMG-débat-Haute-école-Buchard-Clivaz-Seppey 2253Une trentaine de personnes issues de la HES-SO, de l’ECAV et de la HEP-VS suivirent l’échange entre les diverses directions. La HEP-VS fut fort bien représentée en assurant environ un tiers de l’assistance dont une large majorité rattachée au site de Brig. Sorte de grand frère en raison de l’importance financière et en termes d’étudiants, François Seppey fut le premier interpellé pour commenter le très réjouissant développement de la HES SO. La HEP-VS fut rapidement  questionnée en termes d’avancée des modifications légales qui lui permettront de se présenter à l’accréditation institutionnelle selon la nouvelle Loi fédérale. Patrice Clivaz, directeur de la HEP VS se montra très confiant. Il est intéressant d’une part de constater que la HEP-VS est la seule haute école valaisanne directement membre de Swissuniversities. Patrice Clivaz fait d’ailleurs partie du comité national de l’organe directeur des hautes écoles suisses rassemblant deux représentants des hautes écoles universitaires, deux représentants des hautes écoles spécialisées et deux représentants des hautes écoles pédagogiques. Il y a 4 ans, la HES SO a passé avec succès le passage devant le Parlement valaisan. La HEP-VS se prépare au même exercice avec un modèle qui, vu sa taille, peut être quelque peu différent de la HES SO, ce que permettent les critères d’accréditation. Les signes tant au niveau du Parlement que du Département sont dorénavant très positifs. Grâce à la HEP-VS, le Valais peut être directement présent dans le monde des hautes écoles, ce qui est un atout considérable pour un canton périphérique. La branche valaisanne de la HES SO appartient en effet au grand ensemble de la HES SO Romandie dont le pilotage est à partager avec tous les autres cantons. Pour réussir cette accréditation, le canton du Valais va devoir toutefois intensifier son engagement pour la HEP-VS car les coûts de cette dernière n’ont pas cessé de baisser durant les 5 dernières années.

Les riches et les pauvres
Dans les critères de base qui définissent une haute école figure en place de choix la capacité à disposer d’un solide secteur « recherche ». Dans ce cadre, les activités directement liées à l’économie privée sont incomparablement plus susceptibles de recevoir des financements que celles touchant à la pédagogie ou à l’art, ce que confirma Sybile Omline, directrice de l’ECAV. Les questions de l’assemblée démontrèrent également que même au sein de la HES SO, des domaines tels que le travail social peinent à aller chercher les fameux fonds tiers. Certains partenaires imaginent que les travaux de recherche peuvent être faits à des prix « cassés », jeu dans lequel les hautes écoles ne sauraient entrer.

Trouver une voie valaisanne du tertiaire
Les propos de Stefan Bumann, chef du service des hautes écoles, Marylène Volpi, présidente de la FMEP et de Jean-Michel Segura, président de l’association des enseignants du tertiaire se placèrent dans la ligne des postulats de base posés par Patrice Clivaz et François Seppey. Le Valais ne trouvera pas de salut tertiaire s’il ne cherche qu’à imiter les grands centres urbains de type universitaire. Si la présence de docteurs au sein du corps professoral est un plus et une condition de base pour séduire les bailleurs de fonds  tels que le Fonds national, le maintien d’une relation privilégiée avec les compétences issues du terrain, en ayant par exemple pratiqué comme ingénieur ou comme enseignant, demeure une valeur sûre  La structure au niveau national en HES, HEP et HEU doit se doubler d’un appui mutuel entre les HES et HEP qui représentent le seul champ que peut développer le Valais, les antennes universitaires de type EPFL étant un super développement qui ne pourra toutefois que très difficilement déboucher sur la création de structures universitaires autonomes et financièrement portables. La prise de parole d’une des professeures dans la salle qui résuma avec la phrase « il nous faut trouver le costume tertiaire adéquat à notre taille », illustre bien la situation.

Photo : de g. à d. Christina Buchard, animatrice du débat, Jean-Manuel Segura, président de l’association de l’enseignement professionnel supérieur, Sybille Omlin, directrice de l’Ecole cantonale d’Art du Valais, Patrice Clivaz, directeur de la HEP-VS, Stefan Bumann, chef du Service des hautes écoles, Marylène Volpi-Fournier, présidente de la Fédération des magistrats, des enseignants et du personnel de l’Etat du Valais, François Seppey, directeur de la HES-SO Valais-Wallis.

De Laurent Emery à Carine Tripet Lièvre

St-Maurice (pac) mai 2017 : Depuis bientôt 10 ans la formation intercantonale PIRACEF a acquis ses règles de noblesse. Dès le début, la HEP-VS en particulier par le biais de Laurent Emery a porté un intérêt particulier à ce « produit » pédagogique. Laurent Emery y joue un rôle centre comme membre du comité de pilotage. Avec Carine Tripet Lièvre qui va remplacer Laurent Emery, la HEP-VS est certaine de pouvoir assurer très qualitativement la continuité.

piracef 9 smallPIRACEF forme les enseignants en activité créatrice et en économie familiale. Les trois HEP du Valais, de Vaud et de BEJUNE ont depuis longtemps joint leurs forces pour mettre en place un concept sur 40 ECTS que les étudiants peuvent obtenir en emploi en participant à une formation se donnant chaque mercredi durant 3 ans. La régularité des volées de formation avec pour le Valais un contingent d’une dizaine de personnes a permis de sans cesse améliorer la qualité de la formation, même si des efforts restent toujours à accomplir. La volée 2017-2020 vient de démarrer avec une séance de lancement présidée par Patrice Clivaz, directeur de la HEP-VS, qui en a profité pour également remercier Denis Leuba, président du groupe de pilotage, qui s’en va également à la retraite.

30 ECTS pour les prestations complémentaires
Une des particularités de PIRACEF est de parfaitement respecter un des principes fondateurs de la collaboration romande, à savoir celui de la couverture de tout l’espace au niveau des lieux de formation. Ainsi les étudiants sont amenés à découvrir tant le Landeron que St-Maurice. Une autre particularité est celle d’attirer un pourcentage important d’étudiants n’ayant pas à la base une qualification professionnelle d’enseignant. Il a donc fallu mettre en place que ce l’on appelle les Prestations Complémentaires en Enseignement Ordinaire (PCEO). Sur 30 crédits à obtenir en principe avant le début de la formation, il s’agit de donner par une série de stages et d’éléments théoriques une sorte de socle minimal du métier d’enseignant pour permettre l’accès à la spécialisation AC et EF, sans que ces crédits ne donnent bien entendu accès à la généralité du métier d’enseignant. Carine Tripet Lièvre est à la HEP-VS la spécialiste de ces PCEO. Ce sera dorénavant également elle qui représentera le Valais au comité de pilotage de PIRACEF.

Photo : Les Valaisans de la volée 2017-2020 entourent Laurent Emery, pilier des 9 premières années de PIRACEF.

Martigny (pac) mai 2017 : Resserrer les liens entre les membres de la HEP-VS fait partie de la mission de Cultani, organe qui se charge de l’animation culturelle au sens large. Autour de Nathalie Nanchen, présidente de Cultani, une vingtaine de collaboratrices et de collaborateurs de la HEP-VS ont découvert les merveilles naturelles des Folatères près de Martigny.

folateresLa zone sèche des Folatères surplombe le coude du Rhône, au-dessus de Martigny-Fully. Le trio formé de Christian Keim, animateur pédagogique à la HEP-VS, Véronique Rausis, enseignante passionnée et experte dans le domaine de la nature et de Lionel Saillen, animateur à la HEP-VS, dans le domaine de l’éducation physique a conduit la délégation HEP-VS dans ce joyau naturel. Les vastes connaissances de ces érudits des plantes et animaux rares ont agrémenté la découverte de ce secteur unique surplombé par le fameux Portail de Fully et les 2899 mètres du Chavalard. Ce plaisir s’est poursuivi par un succulent repas auquel participèrent également le directeur de la HEP-VS Patrice Clivaz et le président de l’association du personnel de la HEP-VS, Mathias Oggier.

Photo : Les participants de Cultani à la sortie des Folatères

Le défi de la double compétence

St-Maurice (pac) mai 2017 : L’autoréflexion sur la propre capacité d’action fait partie du quotidien d’une haute école, à fortiori dans la cas d’une « organisation apprenante ». Dans ce sens, l’examen de la capacité du corps enseignant à répondre à la double attente de proximité, tant avec la recherche qu’avec le quotidien du terrain pédagogique, est un thème récurrent. Sous la conduite de Fabio Di Giacomo, Danièle Périsset et Edmund Steiner, le corps professoral de la HEP-VS a récemment vécu une journée entière de réflexions internes. Dans la mesure de ses budgets, l’institution est appelée à encore renforcer son appui pour les développements personnels, et ceci dans les deux sens : tant celui vers la prise en compte de la recherche que dans celui d’une pratique sur le terrain.

journee recherche smallFabio Di Giacomo introduisit la journée avec une analyse de textes de Philippe Perrenoud qui en 1997 déjà posait des principes fondateurs de toute HEP, dont le travail sur place en équipe pour créer une vision commune.  Les textes de loi actuels fondent justement l’existence d’une vision HEP-VS qui n’est ni celle d’une haute école universitaire ni celle d’une haute école spécialisée. Dans la Loi fédérale LEHE, les hautes écoles pédagogiques sont spécifiquement mentionnées, à côté des HES et HEU. Exprimant les visions de la Direction, Fabio Di Giacomo fit un plaidoyer pour cette troisième voie au sein de laquelle les titulaires d’un doctorat ont bien sûr leur place, sans que cette exigence soit un passage obligé pour tout le monde. La particularité d’une HEP est d’avoir un contact constant et privilégié avec le terrain. Dans le cadre d’un indispensable travail d’équipe, l’institution doit se construire autour d’une série de compétences où les professeurs/chargés d’enseignement, les chargés d’enseignement, les mandataires, les praticiens-formateurs, les animateurs pédagogiques et le corps intermédiaire ont également une place de choix dans un contexte où tout un chacun peut être amené à publier le fruit de sa réflexion et de son action.

Les différents chemins pour un renforcement des compétences
Modérant un très intéressant panel avec 6 profils de collaborateurs de la HEP-VS, Danièle Périsset mit en lumière les différentes possibilités qu’ont les collaboratrices et collaborateurs de la HEP-VS pour augmenter leur potentiel personnel, avec à la clé dans la plupart des cas un soutien marqué de l’institution soit par du temps de travail, la prise en charge des frais ou les deux. Ainsi, si un doctorat dans un domaine plus éloigné tel que les sciences forensiques est une démarche totalement individuelle, une thèse dans la didactique de la langue maternelle est traitée différemment. A côté de ce type de chemin, un DAS ou un MAS dans le domaine de la didactique de haute école s’avère un plus indéniable. Avec la mise en place du réseau romand des didactiques, dans lequel la HEP-VS est un partenaire co-fondateur, la palette des possibilités s’étend encore. Des formations complémentaires dans le domaine de la formation  d’adultes s’ajoutent à cette large palette.

Soigner la compétence « terrain »
Appuyant dans sa conclusion l’analyse de Fabio Di Giacomo pour ce positionnement  « médian» et singulier de la HEPVS, le directeur Patrice Clivaz rebondit dans sa conclusion sur les remarques pertinentes faites par plusieurs intervenants qui en appelaient à des compléments de formation permettant de développer la compétence « terrain ». Si le profil des personnes qui s’intéressent à entrer dans le corps professoral de la HEP-VS se fonde assez souvent sur une pratique pédagogique plus ou moins longue dans le secondaire 2, les candidates et candidats issus du monde du primaire se font plus rares. Dans l’esprit de la double compétence la HEP-VS se doit d’imaginer des modalités qui permettent à un docteur de passer du temps dans une classe primaire. Dans ce même objectif, la très proche mise en place des masters en didactique au sein du Réseau des didactiques romandes doit permettre à des porteurs de bachelors primaires, issus de la HEP-VS et aguerris durant quelques années de pratique pédagogique sur le terrain, d’enchaîner avec un master dans une didactique à temps partiel.

Photo : Danielle Périsset modère le panel des « best practices » dans le domaine des formations complémentaires au sein du personnel de la HEP-VS

La pratique réflexive du major Mauron

St-Maurice (pac) avril 2017 : Le major Nicolas Mauron est le commandant d’une escadrille de pilotes de chasse de l’aviation helvétique. La formation d’un pilote a des points communs avec la formation d’un enseignant. Dans le cadre des conférences open du lundi à la HEP-VS, le constat a été clair. Il y a des parallèles entre la formation d’enseignants et celles des pilotes, en particulier au niveau du debriefing et de la pratique réflexive.

mauron 300

Les conférences-débats pilotées par le responsable du SEA (Service d’aide à l’enseignement) Hervé Barras n’hésitent pas à explorer des terrains inhabituels. Se servir de l’exemple des modalités de formation de l’armée suisse pour ses pilotes de chasse pour analyser les méthodes de la HEP-VS est un pari audacieux. Face à un public composé de professionnels d’horizons divers ainsi que d’étudiants et de professeurs de la HEP-VS, le major Mauron a tout d’abord présenté le long chemin qui permet d’arriver à la maîtrise tant intellectuelle, technique, émotionnelle que physique d’une machine aussi complexe qu’un Hornet FA 18, avec l’obligation, après avoir multiplié son poids par 7 lors d’un virage brutal, de garder la tête froide pour décider en quelques secondes après avoir visualisé 6 écrans, dont 1 sur la visière du cas.

Le passage par les simulateurs
La complexité des tâches à réaliser, la charge attentionnelle requise pour la prise et le traitement de de l’information disponible dans un avion mais aussi les coûts exorbitants des heures de vol ont conduit à une utilisation très intense de simulateurs de vol. Nous n’en sommes pas là dans le domaine de la pédagogie, mais la technologie permettrait de disposer également dans le domaine de la formation des enseignants d’une sorte de classe virtuelle vue au travers d’un masque posé sur la tête d’un enseignant qui créerait toutes sortes de situations de classe et enregistrerait les moindres palpitations de l’enseignant. L’intensification des analyses filmées va dans ce sens.  Tout deviendrait « paramétrisé » et susceptible de très froides et implacables analyses, avec in fine l’idée qu’un robot pourrait presque tout faire. Le débat qui suivit démontra toutefois que même dans un environnement aussi high tech que l’aviation, l’humain reste le maître à décider car le meilleur ordinateur n’arrive pas à prévoir tout ce qui peut se passer lors d’une opération de police aérienne, sans parler des cas encore plus terrifiants de combat aérien. 

Le débriefing comme garantie de survie
Dans un jet moderne, tout peut aller si vite. En quelques secondes, une erreur d’appréciation peut conduire à la catastrophe. La préparation et l’analyse approfondie des exercices et des situations sont en aviation plus qu’une longue tradition. Aucun vol ne fait sans une minutieuse préparation qui a maints points communs avec l’analyse a priori du processus pédagogique. Aucun vol ne se termine sans une analyse fouillée de tout ce qui s’est passé. Cet ensemble connu sous le nom de « debriefing » est la garantie de survie dans le cadre d’une telle activité à haute tension nerveuse. A la HEP-VS, ce processus est connu sous le nom de « pratique réflexive », qui permet tant dans un processus individuel que collectif, de prendre de la distance et de poser les bons jalons d’une amélioration constante sur la base d’une critique structurée sans concession. 

Photo : Hervé Barras et Nicolas Mauron

Le modèle valaisan de l’intégration

St-Maurice (pac) avril 2017 : La HEP-VS délivre à St-Maurice et à Brig depuis 2005 un master en enseignement spécialisé en collaboration intense avec la HEP-VD. Les inscriptions pour la 5ème volée 2018-2021 du master vont d’ailleurs être lancées sous peu. Cette présence sur le terrain de la pédagogie spécialisée a permis de s’insérer dans un réseau, ce qui a facilité l’organisation de ce 4ème Colloque international soutenu par l’Office fédéral des assurances sociales. Plus de 250 personnes issues de Suisse, de France, d’Afrique et du Canada ont débattu de la meilleure façon dont l’école, dans son fonctionnement quotidien, dans ses structures et dans sa façon de former les futurs enseignants peut faire face à la vulnérabilité sociale et à une pauvreté qui empêchent souvent une indispensable progression scolaire, bénéfique non seulement pour l’individu mais pour l’ensemble de la société.


Collo Inclus StM2017 300Le comité d’organisation emmené par Lise Gremion de la HEP-VD, Fabio Di Giacomo et Marie-Paule Matthey de la HEP-VS a concocté un programme alternant des présentations magistrales et des séminaires s’adressant à un public de professionnels, dont Didier Solioz président de la SPVAL et Xavier Gaillard, président de la CODICOVAR. Dans son introduction, le Directeur de la HEP-VS Patrice Clivaz a insisté sur les nuances assez  subtiles entre les mots « inclure » et « intégrer ». Si comme en mathématiques, je suis inclus dans un ensemble, est-ce que cela signifie que je suis « intégré ? ». Présentant en allemand la HEP-VS qui couvre les deux territoires linguistiques du canton, il insista que le fait que l’inclusion passe d’abord par les signes d’attention que l’on peut faire par rapport à un « minoritaire », en parlant par exemple la langue de ce dernier, tout en constatant que si on en fait trop en la matière, la personne qui cherche à s’intégrer dans la langue de l’endroit sera moins motivée à le faire. Jean-Philippe Lonfat, chef du service de l’enseignement, compléta le propos introductif en rappelant le travail important mené en Valais au point de vue de l’intégration depuis assez longtemps, sous la houlette de personnalités très en phase avec le terrain tels que l’ancien directeur martignérain Jean-Pierre Cretton ou les responsables au Département Guy Dayer ou Michel Délitroz.

S’arracher à un destin de classe par le biais de l’école
Pierre Périer de l’université de Rennes ouvrit les feux de la réflexion scientifique en présentant la situation d’un quartier défavorisé en France avec un premier constat. Il est rarement invité pour parler des écoles des beaux quartiers. La question scolaire est donc éminemment une  question sociale et le lien entre les sociétés et leur école conduit à un fort discours sur les inégalités. Son propos démontra que contrairement à ce que l’on peut imaginer, le dialogue entre les parents et les enseignants peut être empreint d’incertitudes. Des codes aussi simples que la prise d’un rendez-vous ou la maîtrise d’une certaine argumentation peuvent déstabiliser les parents et conduire à ce que « si l’enfant fait faux, c’est peut-être laisser un peu entendre que le parent fait aussi faux ». La bonne volonté parentale ne serait donc pas toujours en harmonie avec les règles du jeu définies de façon unilatérale par l’institution scolaire. Une des conclusions de Pierre Périer conduisit à ce que l’institution « école » se pose des questions sur les normes qu’elle fixe et qui risquent d’éloigner certains parents en construisant un discours pour un parent idéal qui en somme n’existe pas.

Eviter que l’école n’intensifie les inégalités
Toute une série de communications ont émaillé ces deux jours, dont celles de plusieurs professeurs de la HEP-VS tels Philippe Gay, Pierre Vianin, Jean-Marie Lavanchy, Isabelle Bétrisey, Hans Aschilier, Nicolas Bressoud ou Corina Bumann. Cette dernière a analysé les textes légaux, partant de textes européens qui parlent clairement d’inclusion, alors que ce mot tend à disparaître plus on descend dans la hiérarchie des textes légaux. Michele Poletti de la HEP-VD présenta une étude sur les activités extrascolaires des enfants issus en Valais d’écoles de quartiers différents, les uns plus populaires, les autres plus résidentiels. L’analyse des activités des enfants est éloquente. Dans les quartiers résidentiels, ces derniers sont beaucoup plus axés sur des activités avec à la clé une performance clairement établie et calibrée, tandis que dans les quartiers plus populaires, d’une part le taux d’enfant qui ne font rien à côté de l’école est beaucoup plus grand et d’autre part l’orientation est beaucoup plus axée sur du ludique. L’école doit donc prendre en compte ces réalités scientifiques et en tenir compte.

Le cas des écoles privées au Canada
Catherine Dumoulin de l’université de Chicoutimi au Québec démontra combien le transfert toujours plus accéléré de l’école publique vers les écoles privées conduisait à isoler encore plus les populations défavorisées. La conférence finale du deuxième jour tenue par Serge Ramel de la HEP-VD rappela la Constitution fédérale avec la phrase qui dit « que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ». Les chiffres qu’il présenta démontrent une assez dure réalité avec par exemple une situation inquiétante pour les garçons étrangers, nettement sur-représentés dans l’enseignement spécialisé. Il termina par une piste qu’il qualifia lui-même de teintée d’un peu d’utopie et qui, tirée du « Guide de l’optique d’équité et d’inclusion de la ville d’Ottawa »  prône l’équité par l’accessibilité pour tous. Cette mise en niveau de l’accessibilité pour tous permettrait d’éviter autant que faire se peut, de « réparer » par la suite les cas individuels. Eric Plaisance de l’université de Paris 8 apporta une tentative de conclusion à ces deux journées en rajoutant la problématique de la médicalisation des difficultés.

Un appui plus intense aux populations vulnérables
Durant ces deux jours de colloque, et dans l’attente des différents actes à publier, la HEP-VS a démontré qu’elle était à même d’accueillir sous l’éclatant soleil printanier du Valais une intense réflexion scientifique portée par des personnalités très engagées. Ces dernières prônent globalement un appui plus intense aux populations vulnérables, ceci dans un environnement financier et politique qui ne partage pas toujours les généreuses visées éducatives. Dans ce contexte entre l’inclusion, l’intégration et parfois une indispensable « séparation », le tout est de ne pas perdre de vue le bonheur du jeune enfant qui est placé soit dans une classe traditionnelle, soit dans une classe spéciale, et l’avancée de la classe comme groupe confié au bon soin de l’enseignant.

Photo : De g. à d.  Jean-Philippe Lonfat, chef du Service de l’enseignement, Pierre Périer, professeur à l’université de Rennes, Catherine Dumoulin, professeur à l’université de Québec à Chicoutimi, Fabio Di Giacomo, sous-directeur HEP-VS, Nathalie Bélanger, professeur à l’université d’Ottawa au Canada, Lise Gremion, responsable du programme enseignement spécialisé de la HEP-VD, Talita Peterson, Représentante de l’Office fédéral des assurances sociales, Patrice Clivaz, Directeur de la HEP-VS.

Galerie d'images : 4ème congrès international «une école inclusive pour une société équitable» à la HEP-VS

Article du "Nouvelliste" du 18 avril 2017

Programme et informations

Programme des conférences et ateliers

Plan du bâtiment HEPVS

Flyer

Dépliant Informations pratiques

La HEP-VS au cœur d’un débat passionnant sur la relation entre parents et enseignants

St-Maurice (pac) mars 2017 : Tistan Mottet préside la fédération qui rassemble les associations de parents des diverses régions du Valais romand. Depuis 40 ans cette association joue un rôle de partenaire constructif vis-à-vis des partenaires que sont les directions d’école, les formateurs d’enseignants et les enseignants. Pour célébrer le quarantième, l’association a invité grâce à l’appui de la HEP-VS le psychologue français Jean-Luc Tournier, lequel a abordé avec une pertinence pragmatique la complexe relation entre les enseignants et les parents.


2017 mars 40ans FRAPE 300 2Les représentants des associations de parents du Valais romand ont d’abord été accueillis par le Directeur de la HEPVS qui a rappelé que la HEPVS portait un soin particulier à la formation de futurs enseignants à même de construire avec les parents une relation empreinte de respect mutuel et de prise en compte des limites apportées par la pratique d’un métier de l’humain. La HEP-VS essaie d’agir pour construire des personnalités solides, à même de faire face à des attentes marquées par la grande affection naturelle des parents vis-à-vis de l’être si cher qu’ils confient au bon soin de l’école publique, tout en ne cédant pas sur des principes éducatifs fondamentaux marqués par des éléments simples comme une certaine discipline et une ardeur au labeur.

Les fameux entretiens enseignants-parents
Jean-Luc Tournier centra son exposé sur les moments-clés de la relation parents-enseignants que sont prioritairement les divers entretiens. Stimulant le public à partir de situations réellement vécues, il survola le panel des difficultés, des binômes d’enseignants qui voient une appréciation idéale d’un côté à son contraire de l’autre, ce qui peut conduire l’enfant à rentrer souvent, selon un témoignage d’une maman, en pleurant. L’analyse Tournier démontra combien de petits détails passant par le regard et le non-verbal peuvent perturber une relation. Cela démontre l’importance pour l’enseignant d’être à même d’agir selon les principes d’une pratique réflexive qui permet l’analyse la plus fréquente possible par rapport aux gestes professionnels. L’influence des fratries qui se succèdent chez un même enseignant, avec les avantages et inconvénients d’une prise de connaissance des dossiers antérieurs fut également évoquée, de même que le subtil jeu de la présence parentale double lors des entretiens. A une question dubitative d’un papa qui avait prévu de simplement accompagner sa femme pour un entretien, sans avoir une conviction de possibilité de réussite, Jean-Luc Tournier déclara tout de go « Alors n’y allez pas », ou « prenez le lead de la discussion ».

L’école et les trains qui partent
Son message sur les « trains qui partent » paraphrasa le fait que l’école ne peut pas toujours s’arrêter pour attendre tous les cas singuliers. Seul le cercle restreint de la famille peut retenir quelque peu le grand mouvement ferroviaire de la vie. Face aux difficultés, un des rôles de l’enseignant est hélas de trouver les mots justes pour parfois dire non pas des mots qui « font du mal », mais « qui font mal », ceci dans le cadre d’une mission de formation toujours noble mais parfois rude. Elle veut promouvoir le maximum mais elle doit être à même trancher en offrant des solutions idéales d’une autre réalisation heureuse par rapport aux aspirations de chacune et chacun.

Photo : Derrière de g. à d.  Vivianne Pellouchoud, membre du comité, Patrice Clivaz, directeur de la HEPVS, Anne-Laurence Franz, membre du comité, Bashkim Ajeti, membre du comité  et devant de g. à d. Jean-Philippe Lonfat, chef du service de l’enseignement, Jacqueline Lashley, présidente de la Fédération romande et tessinoise des parents, Tristan Mottet, président de la Fédération et Didier Solioz, président de la SPVAL